Je revient de mes cours de guitare après une journée de travail qui n'en finissait plus d'être longue. La seule chose qui compte dans ma vie de petit pois écrasé. La guitare, MA guitare. Je l'ai modifié pour qu'elle soit unique. Sablée, brûlée, peinte et re-vernie. Elle ressemble plutôt à la guitare d'un vieux hippie nostalgique du temps où il dansait nu sous la pluie. Nostalgie d'une nuit comme celle-ci. Je conduis et il pleut et je suis heureux. Non, pas heureux. Je me sent juste bien. J'aime la pluie, elle m'apaise. Je traverse un viaduc, puis un pont. Il ne faudrait qu'un petit coup de volant et hop! dans l'eau. On devrait mourir lorsqu'on est heureux, non? Lorsque tout notre corps est comme en suspend tellement on se sent léger. Ça ferait beaucoup moins mal. Et comme je n'ai personne dans la vie, il n'y aurait personne pour me pleurer. Ma guitare et moi qui plongerions doucement jusqu'au fond de l'eau. Mais je passe mon tour pour cette nuit. Je continue mon chemin jusqu'aux feux de circulation. Pour me rendre chez moi, je peux soit prendre la rue principale et toutes ses lumières ou prendre la bretelle et longer le long de l'eau, avec ses arbres et ses vieilles maisons. J'ai toujours préféré la solitude de la nature et comme de fait, en tournant, les feux changent au jaune puis au rouge. J'ai l'impression que c'est moi qui les a changés. La femme en arrière de moi, dans sa Mazda, me jette un regard noir. Les gens blâment tout le temps. Je regarde le vieux pont-chemin-de-fer-abandonné qui traverse la rivière. Je range mon auto sur le côté et sort avec ma guitare. Je monte le petit chemin en terre et marche. Je me rend au milieu, entre deux terres. L'eau brille sous mes grandes enjambées. Les espaces entre les poutres sont larges alors je prends mon temps. Je marche doucement. La nuit brille. Je m'assoie et je regarde le pont sur lequel je suis passé tout à l'heure. Les voitures forment un rave de couleur avec leurs lumières reflétant les unes sur les autres. C'est beau et je me sent encore bien. Je dis encore parce que mes sentiments changent souvent très rapidement. Ils me diagnostiquent bipolaire et me racontent des choses sur la biochimie cérébrale, les événements vécus et les variations hormonales, mais je ne les crois pas. Je connais plein de gens comme moi, en fait, presque tout le monde est comme cela. Foutus médecins près à tout pour aller se coucher le plus rapidement possible. Ce ne sont pas des humains, ces gens-là sinon ils s'occuperaient plus patiemment de leurs patients. Nous, on attend la prescription. Des pillules qui empirent votre cas. Je vous le dit, mauvaise idée. Je prend ma guitare et je commence à jouer, à jammer avec moi-même. J'étais très près de quelque chose qui ressemble à une chanson quand j'ai vu arriver un gros spot de lumière. J'ai fermé les yeux et quand je les ai ouverts, plus rien. J'ai secoué ma guitare pour que tombe mon stylo, et j'ai écrit ma chanson sur le bois mou du pont. Et la lumière est revenue. Je me suis mit debout, de tout mon long, et je l'ai regardé arriver. Bon, alors soit je reste et meurs écrasé ou je me jette à l'eau. Aller, je me jette à l'eau. Je me sent tomber. Ma guitare me suit. Je suis libre. Léger. Et mon corps tombe à plat sur l'eau.
-inscription sur le bois: Ma chanson, c'est du bidon/ Le train qui s'en vient, n'en est pas moins
lundi 1 juin 2009
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Alors les gars? Qu'est-ce que je devrais améliorer? Est-ce qu'on sent vraiment que le train n'est pas réel?
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Je trouve qu'il y a un long feeling nostalgique du bonheur. Quelque chose. Je crois que tu peux expliquer d'avantage ta fin, à faire sentir plus le côté tragique de l'existence, du bonheur. Peut-être utiliser la chanson pour le faire?
RépondreSupprimerJe te jure, il y a vraiment quelque chose à tirer de cette histoire.
:) J'espère que ça t'aide un peu?
Ouais merci :) Tout m'aide, M.Doux, je suis tellement novice ;)
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